Il y a dix mois, Fluidstack valait 7,5 milliards de dollars. Le spécialiste des data centers pour l’intelligence artificielle, fondé à Oxford en 2017 et installé à New York depuis la fin de l’année 2025, pourrait franchir la barre des 40 milliards avant le 31 décembre. Une trajectoire portée par un client de premier plan, Anthropic, par le soutien de Google et par l’appétit des investisseurs pour l’infrastructure de l’IA.
Une série C à 40 milliards de dollars en préparation
D’après une source du secteur financier, Fluidstack prépare une nouvelle levée de fonds, une série C, qui valoriserait l’entreprise autour de 40 milliards de dollars. L’opération serait finalisée d’ici la fin de l’année 2026. À ce stade, l’identité des investisseurs n’a pas filtré, pas plus que le montant de la levée. Fluidstack n’a publié aucun communiqué.
L’information reste donc à confirmer. Elle s’inscrit dans un schéma que l’entreprise a déjà suivi deux fois en moins d’un an : des discussions rapportées par la presse, puis un tour bouclé, chaque fois plus important qu’annoncé.
- Décembre 2025 : Bloomberg évoque des discussions pour lever environ 700 millions de dollars à 7 milliards de valorisation. La série A sera finalement de 830 millions à 7,5 milliards.
- Avril 2026 : Bloomberg rapporte des discussions pour environ 1 milliard de dollars à 18 milliards de valorisation, avec Jane Street et Situational Awareness à la manœuvre et Morgan Stanley comme conseil.
- Septembre 2026 : Forbes révèle, le 3 septembre, que le tour a été bouclé à environ 1,5 milliard de dollars, mené par Jane Street, pour une valorisation supérieure à 18 milliards.
Ce que l’on sait et ce qui reste à préciser
Une valorisation de tour privé est un prix négocié entre une entreprise et un petit nombre d’investisseurs, pas un cours de marché. Le montant de la série C, la part éventuelle de titres cédés par des actionnaires existants et les conditions attachées aux nouvelles actions ne sont pas connus. Le tour de septembre, lui, a été rapporté par Forbes sans communication de Fluidstack.
Fluidstack, d’une place de marché de GPU au neocloud
Fluidstack naît en 2017 à l’université d’Oxford, fondée par Gary Wu et Jamie Cox. Le point de départ est un constat simple : les chercheurs en IA manquent de puissance de calcul, alors que de nombreuses cartes graphiques restent inutilisées une bonne partie du temps. La première version de Fluidstack est une place de marché qui loue ces GPU disponibles. César Maklary rejoint l’aventure en 2020 et devient cofondateur et président. Gary Wu dirige l’entreprise.
Fluidstack a depuis changé de dimension. Elle construit et exploite des clusters de calcul dédiés à l’entraînement et à l’inférence des modèles d’IA, et revendique plus de 100 000 GPU sous gestion. Son modèle repose sur la location : Fluidstack achète les puces, loue les bâtiments et sécurise l’électricité auprès de partenaires, notamment d’anciens mineurs de bitcoin comme TeraWulf, Cipher Mining et Hut 8. Ces accords pluriannuels représentent un peu moins d’un gigawatt, selon Forbes.
Parmi ses clients figurent Anthropic, Meta, Jane Street, Mistral AI, Character.AI, Poolside et Black Forest Labs. Le siège a quitté Londres pour New York en décembre 2025.
Le contrat Anthropic et le soutien de Google
Tout s’accélère en novembre 2025. Anthropic annonce un investissement de 50 milliards de dollars dans de nouveaux data centers aux États-Unis, construits avec Fluidstack au Texas et dans l’État de New York, avec des mises en service étalées sur 2026. Anthropic justifie son choix par « l’agilité exceptionnelle » de son partenaire. Selon Forbes, ce programme accompagne le déploiement d’un million de TPU, les puces d’IA conçues par Google.
Google est l’autre acteur clé de cette trajectoire. Fluidstack accompagne sa stratégie de commercialisation des TPU hors de ses propres data centers. Dès 2025, Google s’est porté garant d’une partie des engagements de location de Fluidstack, à hauteur de 3,2 milliards de dollars sur le campus de TeraWulf et de 1,4 milliard chez Cipher Mining, en échange de bons de souscription d’actions de ces deux sociétés. Plusieurs sources citées par Forbes placent aussi Alphabet parmi les actionnaires de Fluidstack.
Une croissance rapide du chiffre d’affaires et des capacités
| Année | Chiffre d’affaires | Source |
|---|---|---|
| 2022 | 1,8 M$ | Tech Times |
| 2024 | plus de 66 M$ | Forbes |
| 2025 | environ 200 M$ | Forbes |
| 2026 | 660 M$ (projection) | Forbes |
Entre 2022 et la projection 2026, les revenus seraient multipliés par plus de 350. La capacité suit : Fluidstack déploie 1,3 GW répartis sur plus de dix sites en 2026, et un investisseur cité par Forbes évoque une cible de plus de 17 GW d’ici 2030. L’entreprise indique pouvoir mettre en service de la capacité en quelques mois, quand le secteur compte habituellement 18 à 24 mois.
Pour financer ces chantiers, Fluidstack mobilise aussi la dette à grande échelle. Selon des documents déposés auprès de la SEC et cités par Forbes, Fluidstack et ses partenaires, dont la division data centers du fonds Coatue, ont levé plus de 15 milliards de dollars de financements par emprunt. Le 10 septembre 2026, le Wall Street Journal a rapporté que le Pentagone discutait d’un prêt d’environ 5 milliards de dollars à Fluidstack, via son Office of Strategic Capital, pour développer la fabrication de composants de data centers aux États-Unis. Il s’agirait du plus important prêt accordé par cet organisme. Les discussions n’étaient pas finalisées à cette date.
Historique des levées de fonds de Fluidstack
| Date | Opération | Montant | Valorisation | Chef de file | Statut |
|---|---|---|---|---|---|
| 2017 à 2024 | Premiers financements | 30 M$ en capital, 38 M$ en dette | n.c. | n.c. | Selon Forbes |
| Déc. 2025 à janv. 2026 | Série A | 830 M$ | 7,5 Md$ post-money | Situational Awareness | Confirmée par Fluidstack le 20 juillet 2026 |
| Septembre 2026 | Tour suivant la série A | environ 1,5 Md$ | plus de 18 Md$ | Jane Street | Rapporté par Forbes |
| D’ici fin 2026 | Série C | n.c. | environ 40 Md$ | n.c. | En préparation, selon une source du secteur financier |
Les investisseurs déjà au capital de Fluidstack
Deux investisseurs ont porté les derniers tours. Situational Awareness, fonds d’investissement consacré à l’intelligence artificielle, a mené la série A. Jane Street, la société de trading quantitatif new-yorkaise, a mené le tour de septembre. Elle est aussi cliente de Fluidstack et investit largement dans l’infrastructure de l’IA, avec notamment un contrat cloud de 13 milliards de dollars sur cinq ans signé avec Crusoe.
D’après des documents d’entreprise et des sources citées par Forbes, BlackRock, Atreides Management, Spark Capital et Alphabet figureraient également au capital.
Fluidstack et les autres neoclouds
| Entreprise | Opération | Montant | Valorisation | Investisseurs cités |
|---|---|---|---|---|
| Crusoe | Série F, septembre 2026 | 3,9 Md$ | environ 30,9 Md$ | Atreides Management, Valor Equity Partners, Mubadala Capital |
| Fluidstack | Tour de septembre 2026 | environ 1,5 Md$ | plus de 18 Md$ | Jane Street |
| Fluidstack | Série C, en préparation | n.c. | environ 40 Md$ | n.c. |
À 40 milliards de dollars, Fluidstack passerait devant Crusoe, qui revendique plus de 6 GW de capacité sous contrat et environ 1 GW déjà opérationnel. CoreWeave, autre acteur majeur du secteur, est coté au Nasdaq depuis mars 2025.
Un recentrage sur les États-Unis
En février 2025, lors du Sommet pour l’action sur l’IA à Paris, Fluidstack a signé avec l’État français un protocole d’accord pour un supercalculateur d’IA de 1 GW alimenté par une électricité décarbonée, avec une première phase chiffrée à 10 milliards d’euros.
Selon Bloomberg, Fluidstack a choisi en mars 2026 de concentrer ses investissements sur les États-Unis, où se déploie le programme Anthropic, et s’est retiré du site de Bosquel, dans la Somme, ainsi que d’un second projet au sud de Paris. Le site de Bosquel accueillera finalement un data center IA de 1 GW porté par SoftBank et Sesterce, annoncé lors du sommet Choose France de juin 2026.
S’exposer à l’IA non cotée en tant que particulier
Les tours de table de Fluidstack réunissent des investisseurs institutionnels. Pour un particulier, l’accès à des sociétés non cotées passe par d’autres voies, présentées dans le guide qu’est-ce que le private equity.
Certaines plateformes ouvrent l’accès à des titres de sociétés non cotées avant leur introduction en Bourse : elles sont comparées dans l’article sur les plateformes du marché secondaire non coté. Les solutions centrées sur l’intelligence artificielle, cotées et non cotées, sont détaillées dans l’article sur les plateformes pour investir dans l’IA.
Questions fréquentes
Combien vaut Fluidstack en 2026 ?
La dernière valorisation rapportée par la presse dépasse 18 milliards de dollars, à l’issue d’un tour d’environ 1,5 milliard de dollars mené par Jane Street en septembre 2026, selon Forbes. D’après une source du secteur financier, la série C en préparation valoriserait l’entreprise autour de 40 milliards de dollars.
Qui investit dans la série C de Fluidstack ?
Les noms des fonds n’ont pas filtré à ce jour. Les deux tours précédents ont été menés par Situational Awareness, pour la série A, puis par Jane Street, en septembre 2026.
Fluidstack est-elle cotée en Bourse ?
Non. Fluidstack est une entreprise privée, sans action accessible au public. Aucune introduction en Bourse n’a été annoncée.
Qui a fondé Fluidstack ?
Fluidstack a été fondée en 2017 à l’université d’Oxford par Gary Wu et Jamie Cox. César Maklary les a rejoints en 2020 comme cofondateur et président. Gary Wu dirige l’entreprise, dont le siège est à New York depuis décembre 2025.
Quels sont les clients de Fluidstack ?
Anthropic est le client principal, avec un programme de data centers de 50 milliards de dollars au Texas et à New York annoncé en novembre 2025. Fluidstack compte aussi parmi ses clients Meta, Jane Street, Mistral AI, Character.AI, Poolside et Black Forest Labs.
Qu'est-ce qu'un neocloud ?
Un neocloud est un fournisseur cloud spécialisé dans la puissance de calcul pour l’intelligence artificielle, à la différence des hyperscalers généralistes comme AWS, Microsoft Azure ou Google Cloud. CoreWeave, Crusoe, Nebius et Fluidstack font partie de cette catégorie.
Sources : Forbes (3 septembre 2026) ; Bloomberg (décembre 2025, avril 2026 et mars 2026) ; Wall Street Journal (10 septembre 2026) ; communiqué de Fluidstack (20 juillet 2026) ; Anthropic (novembre 2025) ; Tech Times ; Fluidstack (février 2025) ; SoftBank (juin 2026) ; information sur la série C issue d’une source du secteur financier, non confirmée par l’entreprise. L’investissement en titres non cotés comporte un risque de perte en capital et de liquidité.
